Quimper n'est pas une ville de restaurants gastronomiques, et c'est précisément ce qui me plaît. On y mange des crêpes, du poisson et des produits de la mer, dans des salles petites où l'on vous parle comme à un habitué dès la deuxième visite. Après plusieurs années, j'ai fini par classer mes adresses par moment de la journée plutôt que par budget.
Le midi : la galette, sans hésiter
À midi, je ne cherche pas midi à quatorze heures : une galette de blé noir, un cidre brut et un café, et l'affaire est réglée. La galette complète, avec jambon, œuf et fromage, reste mon choix par défaut, parce qu'elle dit beaucoup de la maison qui la prépare. Une pâte trop épaisse, un beurre qui déborde ou un œuf cassé avant l'assiette, et l'on sait à quoi s'en tenir pour le reste de la carte. Le service est souvent rapide, parfois trop, et il faut le savoir si l'on veut prendre son temps. Les prix varient selon les quartiers et la garniture, mais une galette reste le repas le plus accessible de la ville. J'arrive toujours avant midi et demi : après, la salle se remplit, la cuisine ralentit et l'on mange moins bien dans le bruit.
Le soir : poisson et petites salles
Le soir, la carte change et le poisson prend la place principale. Les arrivages dépendent de la pêche, donc il ne faut pas s'attacher à un plat précis : ce qui est affiché le soir ne le sera pas forcément la semaine suivante. J'aime les maisons qui annoncent clairement ce qui manque, plutôt que celles qui promettent une carte complète en toute saison. C'est un détail, mais il en dit long sur la fraîcheur. Une ardoise raturée vaut mieux qu'une carte imprimée en début de saison et servie jusqu'en septembre. En hiver, les plats sont plus copieux et les additions baissent un peu, ce qui rend les soirées plus faciles.
Les salles sont petites, souvent une dizaine de tables, et il vaut mieux réserver le week-end. Le dimanche soir et le lundi, beaucoup d'adresses ferment : c'est le piège classique du visiteur qui arrive fatigué et repart sans dîner. Un coup de téléphone en fin d'après-midi évite cette déconvenue, et permet aussi de vérifier les horaires, qui changent avec la saison.
Mes critères avant d'entrer
Je n'ai pas de liste officielle, mais quelques signes me décident plus vite qu'une devanture réussie.
- Une carte courte, signe qu'on ne décongèle pas tout à la commande.
- Des galettes cuites devant vous, sur la plaque, et non préparées à l'avance.
- Un cidre local proposé, pas seulement des sodas et de l'eau en bouteille.
- Une salle petite, quitte à attendre un peu avant d'avoir une table.
- Les prix affichés à l'extérieur, pour ne pas découvrir l'addition à la fin.
La carte courte est le critère qui m'a le plus souvent sauvée. Une maison qui propose quarante plats en même temps ne peut pas tout faire correctement, et le poisson en souffre le premier. À l'inverse, une carte de six lignes, écrite à la main et corrigée au stylo, annonce généralement une cuisine qui suit le marché plutôt que le congélateur. Les serveurs, eux, savent en deux questions si l'on cherche un repas rapide ou une vraie soirée. Je demande aussi toujours ce qui est arrivé le matin même, et la réponse en dit plus long que la carte.
Ce que je regarde sur la carte
Quelques plats donnent plus d'indications que d'autres sur la façon de travailler d'une maison.
| Sur la carte | Ce que ça m'indique | Ce que je fais |
|---|---|---|
| La galette du jour | Produits de saison, cuisine qui suit le marché | Je la prends presque toujours |
| Le poisson du jour | Arrivage local, carte qui bouge | Je demande la provenance |
| Les moules | Parfois surgelées hors saison | Je vérifie la période |
| Le kouign-amann maison | Pâtisserie faite sur place | J'en prends un à emporter |
Le poisson du jour est le plat qui me permet de juger le mieux une cuisine de bord de mer : une cuisson simple, un beurre noisette et des légumes de saison en disent plus qu'une sauce compliquée. Pour le kouign-amann, la question ne se pose même pas : s'il est maison, je le prends, même si je n'ai plus faim. C'est un des rares desserts qui se transporte bien et se partage mal. Je le prends à emporter et je le mange sur un banc, ce qui est peut-être la meilleure façon de finir un déjeuner à Quimper.
Les pièges à éviter
J'ai commis à peu près toutes les erreurs possibles en arrivant à Quimper, et voici celles qui se répètent le plus.
- Choisir la terrasse la plus visible, souvent la plus chère et la moins bonne.
- Arriver un samedi soir sans réservation, en pleine saison.
- Compter sur une adresse ouverte le dimanche soir sans vérifier.
- Juger une crêperie sur sa décoration plutôt que sur sa plaque.
La première erreur est la plus fréquente, parce que la fatigue décide à notre place. Un détour de deux rues suffit généralement à trouver une salle plus calme et une addition plus douce. Et si vous préparez un séjour, sachez que la ville se traverse à pied : mon itinéraire de deux jours à Quimper place les repas aux bons endroits, sans courir d'un bout à l'autre du centre. Le soir, les quais sont plus tranquilles que la Ville Close, et l'on y dîne souvent mieux pour le même prix. Le pourboire n'est pas obligatoire, mais un mot gentil sur la cuisine fait toujours plaisir. Et si vous êtes en voiture, garez-vous en périphérie : le centre se traverse à pied en un quart d'heure.
